vendredi 17 septembre 2010

Les Anges en Enfer



Je viens de terminer l'excellent livre hybride de James Frey, célèbre et très controversé auteur américain, originaire de l'Ohio, et qui a déjà fait paraître en France "Mille Morceaux" (éd. Belfond 2004) et "Mon ami Léonard" (éd. Belfond 2006).

Hybride, car le livre tient tout à la fois du roman, car les personnages sont fictifs, de la biographie, puisqu'il s'agit d'une histoire de Los Angeles, essai sociologique, topologique, bref, "L.A. Story" est un livre étrange, déroutant, percutant, fort, drôle, triste, désespéré, impitoyable.

James Frey endosse le costume de guide touristique et, à travers sa foisonnante galerie de personnages, dont on suit l'histoire personnelle, de chapître en chapître, ou pas (certaines histoires ne font l'objet que d'un seul et court chapître, tandis que d'autres seront la trame et le fil conducteur du livre), il nous plonge dans l'histoire d'un petit village, fondé le 4 septembre 1781 par un groupe d'hommes appelés Los Pobladores, au nom interminable de Pueblo de Nuestra Senora la Reina de Los Angeles de Porciuncula, et qui deviendra, au fil du temps Los Angeles.

On croise au fil des pages un acteur célèbre et richissime, en pleine passion amoureuse et dangereuse, une jeune latino-américaine, étudiante brillante et réduite à faire des ménages, qui vivra bientôt un amour fou mais impossible, un sans-abri alcoolique ayant élu domicile dans les toilettes publiques de Venice Beach, bouleversé par l'apparition dans sa vie d'une jeune junkie à demi moribonde, des jeunes acteurs à la pelle, attirés par le rêve d'une merveilleuse carrière cinématographique et qui croupiront bien vite comme serveurs dans un fast-food glauque, un couple de jeunes gens plein d'espoir qui se battent pour survivre dans cette ville impitoyable, gigantesque, folle, dangereuse, truculente, crasseuse.

Los Angeles est un décor de carton pâte, un rêve à touristes, une vitrine ensoleillée derrière laquelle se cachent toutes les horreurs humaines, toute la misère et la solitude, toute la violence des mégapoles. Los Angeles est un piège dans lequel tombent, s'enfoncent et meurent chaque année des starlettes déchues, Los Angeles aimante et fascine, pour rejeter aussitôt dans la fange ceux qui du rêve ont cru pouvoir faire leur réalité.

"L.A. Story" est un livre émouvant, captivant, dur, mais aussi attendrissant et drôle. A l'image, peut-être, de la ville qu'il dépeint.

"L.A. Story" par James Frey, traduit de l'anglais  par Constance de Saint-Mont, éd. Flammarion 2009 - 496 pages)

Pam Baileys

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